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Ecole Européenne III

  • Du rêve à la réalité. Histoire d'un footballeur

    Le football est un sport qui fait rêver, qui ne le sait pas ? En tant que recruteur je me qualifie d'intermédiaire entre le rêve et la réalité. Je peux changer la vie d’une personne en une seule décision. Mais le rêve peut très vite tourner en cauchemar ; je le répète, je suis juste un intermédiaire… tout dépend vraiment de la personne que je choisis. Durant ma carrière une chose incroyable s'est produite qui soutient cette idée de transition.

    Le 25 février était un jour spécial à Natitingou. Près de 40 000 Béninois s’étaient rassemblés au stade de football. L’équipe nationale du Bénin, surnommée « Les Écureuils », accueillait la Belgique. Le match s'acheva sur une victoire des Belges. La défaite n’avait pas vraiment d’importance car le simple fait de jouer contre la Belgique était une source de joie pour le Bénin. De mon point de vue cependant, la vraie raison qui devait rendre cette date si spéciale était la découverte d’un talent incroyable, celui de Samuel, un jeune homme fabuleux.

    Chaque jour pour lui était difficile, car il devait gérer les tâches ménagères et l’école. Ses journées commençaient à 4h du matin et finissaient à 1h. On ne pouvait que s’interroger : comment était-ce possible pour lui d'être si fort alors qu’il n'avait pas le temps de s'exercer ? Comment pouvait-il faire partie de l’équipe nationale ?

    C’est dans des moments pareils que le vrai talent se remarque. Sur le terrain, il y avait 22 joueurs, pourtant mes yeux étaient rivés sur Samuel durant la totalité du match. Il avait une telle aisance avec le ballon que lorsqu'il avait la balle, les autres joueurs devenaient insignifiants. J’étais tout simplement émerveillé par son jeu. Après le match, je n'avais qu'une seule envie : le rencontrer. Sauf qu'il était déjà parti...

    Un de ses amis m'informa que Samuel était déjà dans les champs en train de rattraper son retard. Je fus tout simplement choqué de sa détermination et de sa loyauté en ce qui concerne le travail. Tout le reste de la soirée et de la nuit je me questionnai sur ce garçon. En tant que recruteur, c'est normal. Par le passé, j’ai connu des échecs dans mon métier, parfois je ne pensais pas à tous les détails : qu’il s’agisse de l'adaptation ou de savoir, pour un joueur, si changer complètement sa vie a du sens (car le milieu du football est parfois cruel). J’étais tout de même déterminé à rencontrer Samuel.

    À 3h du matin, toujours réveillé, je sortis de chez moi et partis en direction de sa maison, un de ses amis me l’ayant indiquée après le match. Après 1h d’attente je l’aperçus dans sa cour. Sa mère m’ouvrit la porte et Samuel se dirigea vers moi, n’ayant aucune idée de qui j'étais. Il faut savoir qu’en Afrique lorsqu’un blanc, ou « yovo » dans leur langue, veut discuter, c’est très rare qu‘ils refusent. De ce fait, ce n'est qu’à la fin d’une longue discussion que j’annonçai mon identité et mon influence dans le football. Samuel n’en croyait pas ses oreilles : 1h avant il me parlait de ses rêves, qui étaient principalement liés au football, et voilà qu’une nouvelle vie s’offrait à lui. Il travaillait très dur à l’école mais il n’avait aucune idée de ce qu’il voulait faire de sa vie. Tout ce qu’il savait c’était que, lorsqu’il jouait au football, il était heureux.

    J’avais décidé que ce serait du gâchis de ne rien lui proposer, qu’il le méritait tellement, d’autant plus que son talent était incontestable. Après deux, trois coups de fils, j’arrangeai son départ vers la Belgique. Toute la ville était au courant. Des centaines de personnes chaque jour voulaient le rencontrer. C’était une pression immense pour lui car il n’avait encore rien prouvé mais les gens l’admiraient déjà. Dans l’avion, Samuel ne fit que me poser des questions, et cela pendant les 8 heures de vol. L’Europe pour lui et pour la plupart des Africains est un rêve que très peu de gens ont la chance de réaliser. Quand j’essayai de lui montrer des aspects plus négatifs, il me regardait comme si je n’avais rien dit, il ne me croyait pas.

    Je me rappelle qu’une fois arrivés, dans la voiture qui nous emmenait vers le club, l’ambiance avait changé, il était devenu muet, ses yeux pétillaient, il était sous le choc. Tous ces bâtiments avec des dizaines d’étages, les magasins aussi grands que des palaces et les maisons construites avec plusieurs façades l’émerveillaient. Ce n’est qu’après plusieurs mois qu’il comprit que la vie européenne était tout, sauf facile, qu’il ne connaissait que le beau côté des choses.

    L’adaptation fut longue, sa famille lui manquait, il n’en pouvait plus de ce climat tempéré et surtout des gens qui n’étaient pas aussi chaleureux qu’au Bénin. Mais Samuel avait trop à gagner pour se laisser décourager par ces détails. Il en a fait du chemin depuis lors. Il est maintenant considéré comme l’un des meilleurs joueurs du monde et joue dans un club prestigieux.

    Je vous raconte cette histoire car elle s’est finie comme je le voulais et je devais la partager.

    Radu.

  • Chez ma correspondante : entre idée préconçue et réalité

    On m’avait dit que ma correspondante était issue d’une famille aisée. Dans ma tête, des images avaient apparu : elle habiterait dans un quartier sécurisé, sa maison serait belle et grande ; elle possèderait tout ce qui permet une vie confortable ; elle vivrait avec son père, sa mère, ses frères et sœurs, et, lors des repas, ils mangeraient en famille ; tout serait propre et bien entretenu.

    Je m’attends à ce que tout ne soit pas aussi parfait : j’ai vu des reportages à la télévision qui présentaient des réalités plus dures. Mais ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est que j’aurais tout faux.

    Pour me rendre chez ma correspondante, il n’y a pas de route mais une piste en mauvais état. Le quartier dans lequel nous arrivons est rempli de maisons à moitié terminées et il y a de la poussière absolument partout. Enfin, ma correspondante m’a désigné sa maison : elle a pointé du doigt un mur encerclant plusieurs bâtiments. Pour protéger ces bâtiments, des morceaux de bouteilles en verre avaient été placés au sommet des murs, comme on placerait des fils barbelés.

    Une fois la porte ouverte, je suis rentrée dans la propriété pour me sentir subitement dépaysée. La maison que j’avais imaginée était inexistante. Ce que je voyais était en fait un bâtiment en briques grises, sans toit, sans fenêtres. À mes yeux, elle n’était pas terminée (mais ma correspondante m’a assuré qu’elle l’était). Ils n’utilisaient pas cette maison principale (je n’ai pas compris pourquoi) mais bien différents petits bâtiments autour qui servaient de chambres ou de salon. Nous avons traversé la cour, remplie de poussière, pour arriver à la cuisine. Celle-ci était simplement un mur en briques cachant un feu où il était possible de placer une grande casserole, le reste des ustensiles se trouvaient à même le sol dans la poussière.

    À l’entrée du salon, j’ai pu voir un phénomène qui, selon ma correspondante, était assez fréquent : une souris agonisait après avoir ingurgité du poison. Ma correspondante l’a prise par la queue et l’a jetée par-dessus le mur qui protégeait sa propriété sous mon regard choqué. Le salon était simplement une pièce au milieu de laquelle se trouvait une table en bois. Elle m’a ensuite montré sa garde robes, qui était une pile de vêtements non pliés dans une petite pièce.

    Sa chambre n’était pas sécurisée. Ce que je veux dire par là est que ma moustiquaire a failli prendre feu à cause d’un fil électrique dénudé.

    Nous sommes allés manger. Ma correspondante a placé un plat au milieu de son frère, elle et moi, et ils ont tous les deux commencé à manger à l’aide leurs mains dans le même plat. Ils n’avaient pas eu le réflexe de se laver les mains avant le repas et ma correspondante avait manipulé une souris plusieurs minutes auparavant. J’ai donc très rapidement perdu l’appétit… Nous avons mangé sans la maman de ma correspondante ; elle m’a expliqué que chacun mangeait lorsqu’il avait faim.

    Pour ce qui est des sanitaires, la famille peut faire ses besoins où ils veulent dans leur propriété. Pour les invités, une sorte de cabane avec un trou dans le sol est mise à disposition. La douche se trouve également dans une petite cabane. Il faut remplir un seau d’eau afin de se laver, l’eau étant puisée depuis le puits de leur cour.

    La dernière chose qui m’a intriguée était que le père de famille n’était pas souvent présent. Il revient toutes les deux semaines chez lui car il est vétérinaire et possède une ferme dans une ville voisine. Il est également polygame, mais ça, c’est une autre histoire…

    Pour conclure, lorsque l’on m’a dit que ma correspondante était issue d’une famille dite « aisée », j’ai eu des idées préconçues basées essentiellement sur mon propre mode de vie, à peine nuancées par les reportages sur l’Afrique que j’avais vus. Je savais qu’il y aurait des différences entre ce que je pensais et ce que je découvrirais. Malgré tout cela, mon monde a été bouleversé en découvrant une réalité complètement différente, où la famille et les conditions de vie étaient à mes yeux misérables. J’avais imaginé la vie au Bénin, mais le fait d’avoir pu vivre une partie de ce que ma correspondante connaît chaque jour m’a permis d’avoir un regard plus objectif.

    Annaëlle

  • Apprendre à pêcher dans la brousse

    Footballeur, humoriste, chanteur, poète, grand tueur de moustiques… tout simplement Laurent, notre accompagnateur pendant ce voyage, responsable éducatif chez Iles de Paix.

    Iles de Paix ? Vous connaissez probablement l’ONG grâce aux modules qui ont la forme de bonshommes se tenant par la main, qui sont vendus au mois de janvier. Mais à quoi sert une telle campagne ?

    Comme le nom l’indique, l’idée d’Iles de Paix est de transformer les villages africains en petites « Iles » d’espoir. En se focalisant sur l’agriculture, la transformation des produits agricoles et leur commercialisation, l’ONG essaie d’améliorer les conditions de vie des paysans. Elle essaie de renforcer les rendements en organisant des formations pour les agriculteurs. Elle leur apprend à cultiver les légumes pendant la saison sèche (le maraîchage), à utiliser la permaculture et à limiter l’utilisation des entrants chimiques en les remplaçant par des engrais naturels. En plus, elle aide à augmenter le revenu des familles grâce aux « activités génératrices de revenus » (AGR), comme par exemple la formation du beurre de karité, du fromage de soja, la transformation du folio ou la poterie.

    Toutes ces activités nous avons eu la chance de les découvrir par nous-mêmes grâce aux femmes qui ont eu la gentillesse de nous en apprendre davantage sur leurs pratiques.

    L’aide d’Iles de Paix permet alors dans beaucoup de villages de diminuer la famine, l’endettement des familles, d’améliorer indirectement la condition de la femme et la scolarité des enfants. La philosophie de l’ONG est claire : « Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour ; si tu lui apprends à pêcher, il mangera toute sa vie ».

    Nicole et Marie