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  • Apprendre à pêcher dans la brousse

    Footballeur, humoriste, chanteur, poète, grand tueur de moustiques… tout simplement Laurent, notre accompagnateur pendant ce voyage, responsable éducatif chez Iles de Paix.

    Iles de Paix ? Vous connaissez probablement l’ONG grâce aux modules qui ont la forme de bonshommes se tenant par la main, qui sont vendus au mois de janvier. Mais à quoi sert une telle campagne ?

    Comme le nom l’indique, l’idée d’Iles de Paix est de transformer les villages africains en petites « Iles » d’espoir. En se focalisant sur l’agriculture, la transformation des produits agricoles et leur commercialisation, l’ONG essaie d’améliorer les conditions de vie des paysans. Elle essaie de renforcer les rendements en organisant des formations pour les agriculteurs. Elle leur apprend à cultiver les légumes pendant la saison sèche (le maraîchage), à utiliser la permaculture et à limiter l’utilisation des entrants chimiques en les remplaçant par des engrais naturels. En plus, elle aide à augmenter le revenu des familles grâce aux « activités génératrices de revenus » (AGR), comme par exemple la formation du beurre de karité, du fromage de soja, la transformation du folio ou la poterie.

    Toutes ces activités nous avons eu la chance de les découvrir par nous-mêmes grâce aux femmes qui ont eu la gentillesse de nous en apprendre davantage sur leurs pratiques.

    L’aide d’Iles de Paix permet alors dans beaucoup de villages de diminuer la famine, l’endettement des familles, d’améliorer indirectement la condition de la femme et la scolarité des enfants. La philosophie de l’ONG est claire : « Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour ; si tu lui apprends à pêcher, il mangera toute sa vie ».

    Nicole et Marie 

  • Quand la musique facilite l’échange culturel

    Lorsque nous sommes arrivés le premier soir, nos correspondants nous ont accueillis avec de la musique. Ce qui nous a marqué, c’est que nous connaissions déjà ces musiques, sans même que nous ayons besoin de partager les liens musicaux auparavant !

    Nous avons constaté que les chansons avaient été écrites par des enfants des deux cultures, européenne et africaine. Presque tous les Béninois rencontrés connaissent par exemple les chanteurs Maître Gims et Black M. Il s’agit d’artistes issus de l’émigration africaine. Ces chanteurs possèdent les deux cultures, c’est là leur force ! Grâce à ces musiques, les rapprochements affectifs se sont faits assez vite. Nous avons tout d’abord échangé sur nos préférences musicales pour ensuite aboutir à des sujets plus complexes.

    Voilà donc un des multiples points positifs de la mondialisation et des échanges culturels.

    Hugo.

  • Du rêve à la réalité. Histoire d'un footballeur

    Le football est un sport qui fait rêver, qui ne le sait pas ? En tant que recruteur je me qualifie d'intermédiaire entre le rêve et la réalité. Je peux changer la vie d’une personne en une seule décision. Mais le rêve peut très vite tourner en cauchemar ; je le répète, je suis juste un intermédiaire… tout dépend vraiment de la personne que je choisis. Durant ma carrière une chose incroyable s'est produite qui soutient cette idée de transition.

    Le 25 février était un jour spécial à Natitingou. Près de 40 000 Béninois s’étaient rassemblés au stade de football. L’équipe nationale du Bénin, surnommée « Les Écureuils », accueillait la Belgique. Le match s'acheva sur une victoire des Belges. La défaite n’avait pas vraiment d’importance car le simple fait de jouer contre la Belgique était une source de joie pour le Bénin. De mon point de vue cependant, la vraie raison qui devait rendre cette date si spéciale était la découverte d’un talent incroyable, celui de Samuel, un jeune homme fabuleux.

    Chaque jour pour lui était difficile, car il devait gérer les tâches ménagères et l’école. Ses journées commençaient à 4h du matin et finissaient à 1h. On ne pouvait que s’interroger : comment était-ce possible pour lui d'être si fort alors qu’il n'avait pas le temps de s'exercer ? Comment pouvait-il faire partie de l’équipe nationale ?

    C’est dans des moments pareils que le vrai talent se remarque. Sur le terrain, il y avait 22 joueurs, pourtant mes yeux étaient rivés sur Samuel durant la totalité du match. Il avait une telle aisance avec le ballon que lorsqu'il avait la balle, les autres joueurs devenaient insignifiants. J’étais tout simplement émerveillé par son jeu. Après le match, je n'avais qu'une seule envie : le rencontrer. Sauf qu'il était déjà parti...

    Un de ses amis m'informa que Samuel était déjà dans les champs en train de rattraper son retard. Je fus tout simplement choqué de sa détermination et de sa loyauté en ce qui concerne le travail. Tout le reste de la soirée et de la nuit je me questionnai sur ce garçon. En tant que recruteur, c'est normal. Par le passé, j’ai connu des échecs dans mon métier, parfois je ne pensais pas à tous les détails : qu’il s’agisse de l'adaptation ou de savoir, pour un joueur, si changer complètement sa vie a du sens (car le milieu du football est parfois cruel). J’étais tout de même déterminé à rencontrer Samuel.

    À 3h du matin, toujours réveillé, je sortis de chez moi et partis en direction de sa maison, un de ses amis me l’ayant indiquée après le match. Après 1h d’attente je l’aperçus dans sa cour. Sa mère m’ouvrit la porte et Samuel se dirigea vers moi, n’ayant aucune idée de qui j'étais. Il faut savoir qu’en Afrique lorsqu’un blanc, ou « yovo » dans leur langue, veut discuter, c’est très rare qu‘ils refusent. De ce fait, ce n'est qu’à la fin d’une longue discussion que j’annonçai mon identité et mon influence dans le football. Samuel n’en croyait pas ses oreilles : 1h avant il me parlait de ses rêves, qui étaient principalement liés au football, et voilà qu’une nouvelle vie s’offrait à lui. Il travaillait très dur à l’école mais il n’avait aucune idée de ce qu’il voulait faire de sa vie. Tout ce qu’il savait c’était que, lorsqu’il jouait au football, il était heureux.

    J’avais décidé que ce serait du gâchis de ne rien lui proposer, qu’il le méritait tellement, d’autant plus que son talent était incontestable. Après deux, trois coups de fils, j’arrangeai son départ vers la Belgique. Toute la ville était au courant. Des centaines de personnes chaque jour voulaient le rencontrer. C’était une pression immense pour lui car il n’avait encore rien prouvé mais les gens l’admiraient déjà. Dans l’avion, Samuel ne fit que me poser des questions, et cela pendant les 8 heures de vol. L’Europe pour lui et pour la plupart des Africains est un rêve que très peu de gens ont la chance de réaliser. Quand j’essayai de lui montrer des aspects plus négatifs, il me regardait comme si je n’avais rien dit, il ne me croyait pas.

    Je me rappelle qu’une fois arrivés, dans la voiture qui nous emmenait vers le club, l’ambiance avait changé, il était devenu muet, ses yeux pétillaient, il était sous le choc. Tous ces bâtiments avec des dizaines d’étages, les magasins aussi grands que des palaces et les maisons construites avec plusieurs façades l’émerveillaient. Ce n’est qu’après plusieurs mois qu’il comprit que la vie européenne était tout, sauf facile, qu’il ne connaissait que le beau côté des choses.

    L’adaptation fut longue, sa famille lui manquait, il n’en pouvait plus de ce climat tempéré et surtout des gens qui n’étaient pas aussi chaleureux qu’au Bénin. Mais Samuel avait trop à gagner pour se laisser décourager par ces détails. Il en a fait du chemin depuis lors. Il est maintenant considéré comme l’un des meilleurs joueurs du monde et joue dans un club prestigieux.

    Je vous raconte cette histoire car elle s’est finie comme je le voulais et je devais la partager.

    Radu.