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  • Du rêve

    C’était au mois de juin dans un train entre Rixensart et Bruxelles. Nous revenions du Centre de Réfugiés où les élèves avaient découvert certaines facettes des conditions de vie des candidats à l’émigration, où ils avaient joué au foot et partagé un goûter avec les enfants résidant. Rixensart était à l’époque un centre de référence pour les filles « mineures non accompagnées » qui avaient fui un mariage forcé. Beaucoup d’entre elles, pourtant toutes jeunes, étaient déjà mamans. Elles venaient majoritairement d’Afrique subsaharienne.

    • Ce qu’il faudrait, c’est partir ensemble en Afrique !

    Dans le train, la remarque a fusé. Tous les élèves surenchérissent.  Et si je réponds « Pourquoi pas ! », c’est parce qu’il est toujours criminel de tuer un rêve qui naît.

    La semaine suivante, des animateurs d’Iles de Paix arrivent en classe. Ils s’adressent à un public rendu subitement sceptique. Les élèves voulaient se rendre en Afrique pour aider, se sentir utiles, donner, participer à un chantier ; or, les invités leur tiennent un autre langage. « Savez-vous construire un mur ? planter ? creuser un puits ? » est-il demandé aux jeunes, et devant leur silence un peu choqué, ce fameux proverbe « La main qui donne est toujours au-dessus de la main qui reçoit ». Les yeux sont écarquillés. Iles de Paix propose une rencontre, une découverte sur pied d’égalité.

    • C’est avec eux que nous voulons partir ! Ils ont révolutionné notre vision du monde en trente minutes. Qu’est-ce que ça sera après dix jours ?...

    Un an et demi a passé et nous voilà au Bénin avec Iles de Paix.

    Il y a cette route traversant le pays le long de laquelle des enfants tentent de vendre des produits divers et n’iront jamais à l’école. Il y a tous ces villages où survivre au quotidien est tellement difficile qu’il n’est pas possible de dégager de l’énergie pour réfléchir à l’amélioration des lendemains. La marche pour l’eau, la cueillette de quelques fruits, la récolte d’une poignée de grains, ne permettent pas de repousser la maladie, la malnutrition, la mortalité infantile.

    Et puis il y a ces Iles de Paix, ces parcelles d’espoir où l’ONG a proposé des formations à la population. On trouve des marchés en dur qui attirent les chalands ; on rencontre des agriculteurs qui s’opposent  à la désertification et parviennent à cultiver des choux et des carottes aux endroits les plus improbables ; on communique avec des femmes qui lancent des activités génératrices de revenus et s’organisent en coopératives.

    Là, les enfants vont à l’école. Il y a des médicaments. La population est mieux nourrie. L’exode rural est combattu. Les femmes, devenues acteurs économiques, sont considérées et, lentement, acquièrent des droits.

    Et nous, bien éloignés de notre zone de confort, nous réalisons que les petits gestes que nous posons en Europe peuvent réellement transformer le monde. Il n’est plus question pour nous de simplement rêver de découverte. Nous nous prenons à rêver de multiplier ces Iles de Paix dans le monde.

    Nathalie

  • Chez ma correspondante : entre idée préconçue et réalité

    On m’avait dit que ma correspondante était issue d’une famille aisée. Dans ma tête, des images avaient apparu : elle habiterait dans un quartier sécurisé, sa maison serait belle et grande ; elle possèderait tout ce qui permet une vie confortable ; elle vivrait avec son père, sa mère, ses frères et sœurs, et, lors des repas, ils mangeraient en famille ; tout serait propre et bien entretenu.

    Je m’attends à ce que tout ne soit pas aussi parfait : j’ai vu des reportages à la télévision qui présentaient des réalités plus dures. Mais ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est que j’aurais tout faux.

    Pour me rendre chez ma correspondante, il n’y a pas de route mais une piste en mauvais état. Le quartier dans lequel nous arrivons est rempli de maisons à moitié terminées et il y a de la poussière absolument partout. Enfin, ma correspondante m’a désigné sa maison : elle a pointé du doigt un mur encerclant plusieurs bâtiments. Pour protéger ces bâtiments, des morceaux de bouteilles en verre avaient été placés au sommet des murs, comme on placerait des fils barbelés.

    Une fois la porte ouverte, je suis rentrée dans la propriété pour me sentir subitement dépaysée. La maison que j’avais imaginée était inexistante. Ce que je voyais était en fait un bâtiment en briques grises, sans toit, sans fenêtres. À mes yeux, elle n’était pas terminée (mais ma correspondante m’a assuré qu’elle l’était). Ils n’utilisaient pas cette maison principale (je n’ai pas compris pourquoi) mais bien différents petits bâtiments autour qui servaient de chambres ou de salon. Nous avons traversé la cour, remplie de poussière, pour arriver à la cuisine. Celle-ci était simplement un mur en briques cachant un feu où il était possible de placer une grande casserole, le reste des ustensiles se trouvaient à même le sol dans la poussière.

    À l’entrée du salon, j’ai pu voir un phénomène qui, selon ma correspondante, était assez fréquent : une souris agonisait après avoir ingurgité du poison. Ma correspondante l’a prise par la queue et l’a jetée par-dessus le mur qui protégeait sa propriété sous mon regard choqué. Le salon était simplement une pièce au milieu de laquelle se trouvait une table en bois. Elle m’a ensuite montré sa garde robes, qui était une pile de vêtements non pliés dans une petite pièce.

    Sa chambre n’était pas sécurisée. Ce que je veux dire par là est que ma moustiquaire a failli prendre feu à cause d’un fil électrique dénudé.

    Nous sommes allés manger. Ma correspondante a placé un plat au milieu de son frère, elle et moi, et ils ont tous les deux commencé à manger à l’aide leurs mains dans le même plat. Ils n’avaient pas eu le réflexe de se laver les mains avant le repas et ma correspondante avait manipulé une souris plusieurs minutes auparavant. J’ai donc très rapidement perdu l’appétit… Nous avons mangé sans la maman de ma correspondante ; elle m’a expliqué que chacun mangeait lorsqu’il avait faim.

    Pour ce qui est des sanitaires, la famille peut faire ses besoins où ils veulent dans leur propriété. Pour les invités, une sorte de cabane avec un trou dans le sol est mise à disposition. La douche se trouve également dans une petite cabane. Il faut remplir un seau d’eau afin de se laver, l’eau étant puisée depuis le puits de leur cour.

    La dernière chose qui m’a intriguée était que le père de famille n’était pas souvent présent. Il revient toutes les deux semaines chez lui car il est vétérinaire et possède une ferme dans une ville voisine. Il est également polygame, mais ça, c’est une autre histoire…

    Pour conclure, lorsque l’on m’a dit que ma correspondante était issue d’une famille dite « aisée », j’ai eu des idées préconçues basées essentiellement sur mon propre mode de vie, à peine nuancées par les reportages sur l’Afrique que j’avais vus. Je savais qu’il y aurait des différences entre ce que je pensais et ce que je découvrirais. Malgré tout cela, mon monde a été bouleversé en découvrant une réalité complètement différente, où la famille et les conditions de vie étaient à mes yeux misérables. J’avais imaginé la vie au Bénin, mais le fait d’avoir pu vivre une partie de ce que ma correspondante connaît chaque jour m’a permis d’avoir un regard plus objectif.

    Annaëlle